Le miracle des béquilles

Posté par Bernard POULET le 18 septembre 2009

Le début de la guerre 1939-45 a été marqué par un épisode durement ressenti par les civils: l’exode.

Dès le mois de mai 1940 les populations du nord de la France commencent à traverser notre région en donnant à ses habitants une idée de ce qui les attendait. Le 20 mai le préfet de l’Oise ordonne aux maires de faire évacuer leurs administrés.

Mes parents firent comme tout le monde: ils rassemblèrent quelques effets, rangèrent et dissimulèrent au mieux le reste dans la maison, qu’il était inutile de fermer, et se mirent en quête d’un moyen de quitter Saint-Sauveur.

Mon père, amputé depuis peu de temps, n’était pas encore appareillé correctement. Il avait besoin de béquilles et ne pouvait pas porter de valise. Ma mère était enceinte de mon frère Jacques.

Monsieur Vibert, le transporteur, leur proposa une place dans son camion qui prenait la route. C’était un camion gazogène qu’il fallait recharger en charbon de bois fréquemment mais qui était peu dépendant du carburant qui commençait à manquer.

Ce moyen de transport les amena jusqu’au sud de Paris où une grande quantité de réfugiés affluaient déjà. Une grande gare (Juvisy je crois) était consacrée à l’évacuation des populations en exode. Mes parents y arrivèrent et retrouvèrent à cette occasion mon oncle Jean et ma grand-mère qui devaient continuer leur route vers le sud avec eux.

Mon oncle Jean qui n’avait à l’époque que 7 ans était trop petit pour porter de lourds bagages. Il fut donc investi de la responsabilité de porter les béquilles de mon père.

bquille.jpg

Toute cette foule fut dirigée vers un train qui partait vers le sud et mes parents suivirent avec leurs paquets, et Jean avec les béquilles. Ils s’installèrent tant bien que mal et le train roula pendant de longues heures. Le convoi s’arrêta dans une grande gare de triage où l’on fit descendre tous les passagers du train en attendant une correspondance.

Le petit groupe se retrouva dans des locaux improvisés en guise de salle d’attente. On rassembla les paquets et les valises. Stupeur ! Le petit Jean avait oublié les béquilles dans le train ! Pleurs, cris, émotion… Il fallait l’admettre: les précieuses béquilles étaient perdues.

Après quelques heures interminables les réfugiés furent priés de se diriger vers un nouveau convoi qui les attendait à l’autre bout de la gare de triage. On traversa tant bien que mal les nombreux rails et aiguillages pour atteindre le train qui les emmènerait vers les Deux-Sèvres (département de destination).

Mes parents, ma grand-mère et mon oncle Jean montèrent dans le wagon qu’on leur assignait et cherchèrent un endroit où ils puissent s’installer correctement.

En entrant dans le compartiment ils poussèrent tous un cri de surprise et de joie: les béquilles étaient là, sous le siège où Jean les avait laissées !

Ils n’ont jamais compris pourquoi on les avait fait quitter un train dans lequel on les avait fait remonter plusieurs heures après sans raison apparente. Peut être mon oncle Jean avait il été entendu par la providence quand il pleurait à chaude larmes sous les remontrances pour n’avoir pas assumé ses responsabilités ?

 

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