L’archerie à Saint-Sauveur

Posté par Bernard POULET le 10 janvier 2011

Notre village est situé au coeur du Valois, berceau de l’archerie.

Depuis le XVème siècle cette discipline perdure avec des racines militaires qui expliquent les termes employés dans cette discipline (connétable, capitaine, lieutenant, chevalier, aspirant , roi, empereur, compagnie).

En 1260 Saint Louis émis une ordonnance encourageant la pratique de l’arc. Charles V, en 1367 officialise l’instauration des compagnies d’archers.

Dès la fin du XVème siècle ils ont même tenu un rôle de police dans certaines villes comme Compiègne.

La Ligue de Picardie de tir à l’Arc est encore bien vivante et son site internet témoigne d’une activité certaine: http://www.picardiearc.com/Tir+%E0+l%27Oiseau/

A Saint-Sauveur la compagnie d’arc fut créée le 9 novembre 1845. Elle est formée de trente hommes qui élisent le 22 novembre de la même année leurs officiers et porte-drapeau

Elle fut dissoute dans les années 60.

Elle était intégrée au sein de la « Ronde du Valois » dont nos voisins Béthisy-Saint-Pierre et La-Croix-Saint-Ouen font encore partie.

Tout au long de l’année les archers exerçaient leur art dans l’enceinte du jeu d’arc qui était situé en limite de forêt derrière le café Dubout. Cette aire est maintenant en friche après qu’on ait démonté en 2000 les constructions qui abritaient les cibles et l’inévitable buvette.

Des panneaux de planches transversaux faisaient obstacles à d’éventuelles flèches perdues et des allées, bordées de buis, permettaient aux tireurs de rejoindre le pas de tir en toute sécurité pendant que leurs confrères continuaient d’envoyer leurs projectiles dans les cibles à cinquante mètres.
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Aucune trace, hélas, ne subsiste de cette installation qui a été rasée par la commune pour le danger qu’elle représentait…

Selon la mémoire des anciens, un précédent jeu d’arc, dans les premières années d’existence de la compagnie, occupait l’emplacement des taillis au sud du cimetière, en limite de forêt domaniale.

Les manifestations comme le bouquet provincial, le tir à l’oiseau, permettaient aux archers de se distinguer dans la pure tradition en se mesurant à leurs confrères. On appelait aussi cet oiseau de bois: Papeguay.

Le tir à l’oiseau, rassemblait chaque année les archers de la commune dans un pré situé en sortie du village, après la dernière maison à droite, sur la route menant au poste forestier. Ce pré est maintenant boisé et on a peine à se l’imaginer comme le théâtre de ces manifestations.

L’oiseau, un moineau de bois grandeur nature mais très simplifié, était disposé en haut d’une perche de dix mètres environ, face au pas de tir.

La coutume veut que ce soit le roi de l’année précédente qui façonne l’oiseau de bois. Je ne sais si cette pratique était appliquée chez nous.

A une distance de cinquante mètres les archers devaient l’atteindre au poitrail et le faire tomber de son perchoir. Si le point d’impact n’était pas visible, on considérait que l’oiseau était tombé fortuitement et les tirs reprenaient.

Le premier qui faisait chuter réglementairement le volatile était sacré roi de la compagnie. Si cet archer accomplissait cette performance trois années de suite, il était sacré empereur. Le premier roi de la compagnie fut le 3 mai 1846 le sieur Jean Thibault.

Dans les temps anciens l’empereur se voyait dispensé d’impôt pour le reste de ses jours. Ce privilège avait été accordé une première fois par Philippe Auguste aux archers pour le participation décisive à la bataille de Bouvines en 1214. Privilège reconduit par Charles VII qui les consacre « francs archers » en 1448.

Le roi revêtait alors une écharpe rouge et on procédait à la photo souvenir. (l’écharpe de l’empereur était verte et détenue à vie)

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Chaque phase de tir voyait chaque participant tirer une flèche. Le premier à tirer était le roi de l’année précédente. Entre chaque phase on se désaltérait au pied du gros chêne qui trônait à l’extrémité de la clairière. Des tables étaient dressées sur des tréteaux par le café Dubout. On pouvait y déguster des oeufs durs multicolores préparés par Solange.

Entre chaque flèche des enfants préposés à cet effet devaient ramasser la flèche tombée. (c’étaient le plus souvent des fils d’archers). Un roulement de tambour précédait le tir en faisant peser une certaine solennité dans l’assistance (et le stress chez le tireur).

Certaines années une fanfare agrémentait la journée d’un ou deux concerts. On a pu entendre en ces occasions le Soleil de la-Croix-Saint-Ouen et la Lyre de Béthisy-saint-Pierre.

De nombreux tournois et autres concours de tirs avaient lieu dans les communes environnantes. Quelques fois plusieurs le même jour ! Il y en eut plus de soixante dans la région au mois de septembre 1938, dont 21 le dimanche 4 septembre !

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Un classement au championnat de France distinguait les meilleurs dont on mesurait l’adresse en nombre de coups d’honneur, de douleur ou de noir ou mouche. Ces termes définissaient crescendo la proximité du point d’impact avec le centre de la cible.

Le bouquet provincial était une fête plus importante encore car plus rare. (voir http://bpoulet.unblog.fr/2009/09/24/bouquet-provincial/) c’était l’occasion de réunir les archers de toutes les compagnies des environs. et de défiler dans les rues du village avant la messe dédiée à Saint-Sébastien et le tir à l’oiseau.

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La compagnie d’arc de Saint-Sauveur était formée de plusieurs dizaines de membres de tous âges. Le quartier général de cette association était bien sûr le café Dubout dont le propriétaire et tenancier était lui-même archer.

Les postes de Capitaine ont été tenus par :

  • Frédéric Clément Mélin
  • Cécilien Pinel
  • Yves Dollé
  • M. Delange

On peut citer quelques palmarès :

  • Robert Gruyer empereur en 1954
  • Jean Thibault premier roi de la compagnie en 1846
  • Jacky Dhoury roi à l’âge de quatorze ans en 1951
  • Paul Dhoury (le père de Jacky) trois fois champion de la ronde du Valois

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La vie de la compagnie d’arc était aussi ponctuée de festivités telles que le banquet de la Saint-Sébastien, patron des archers. C’était l’occasion de passer une journée qui réunissait tous les membres en invitant le conétable (qui fut longtemps Edouard Ruelle, chatelain du Soupiseau) et même parfois l’évêque de l’Oise dont on dit qu’il était originaire de Saint-Sauveur.

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Lorsqu’un archer disparaissait, il était d’usage de célébrer une partie de jardin au cours de laquelle les présents tiraient chacun une flèche dans une cible qui serait conservée avec les flèches personnalisées en l’honneur du défunt.

Merci à Robert qui m’a confié ses souvenirs et des documents qui ont servi de base à cet article. Que ceux qui souhaitent le compléter soient les bienvenus.

Le site des archers de Compiègne est à consulter pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur l’archerie: http://www.archersdecompiegne.asso.fr/guerre.php

 

Une Réponse à “L’archerie à Saint-Sauveur”

  1. boucher francis dit :

    j’ ai lu et vu avec beaucoup d’ intérêt et surtout avec grande émotion, ces lignes et ces photos relatives à la vie de notre pays… Ces temps déjà lointains et à jamais révolus, je les regrette chaque jour qui passe…En tout cas je te félicite pour ton initiative…
    ps. J’ ai un certain nombre de photos concernant nos classes d’ école ( j’ en ai je crois 6 ou 7 ) si cela t’ intéresse je peux te les envoyer pour compléter ta doc…
    Cordialement
    Francis

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