L’activité brossière

Posté par Bernard POULET le 17 janvier 2011

Le village de Saint-Sauveur est très lié à la brosserie.

La proximité de la forêt en est certainement la cause première. Les bois et les manches de ces ustensiles indispensables ont en effet longtemps été fabriqués avec ce matériau.

Les matières modernes ont peu à peu remplacé le bois et l’industrie brossière s’est éloignée vers d’autres horizons. Les prix de revient attractifs des contrées lointaines ont sans doute aidé à ce transfert qu’on appelle aussi dé-localisation.

Les villages voisins, particulièrement Béthisy et Saintines, sont également très impliqués dans cette activité.

En 1765 Saint Sauveur est la première commune brossière de France. On y fabrique des brosses à frotter, à cire, de cavalerie, de chapelier, de tisserand,de troupe, décrottoires, spatules, dragonnes, à deux faces, de chien, de comptoir, à balais…

C’est l’une des deux seules localités de France où l’on fabrique des bois de brosses.

Déjà en 1850 plus de 100 ouvriers sont occupés par la brosserie dans notre village en travaillant dans les ateliers Harmand Bombars et Lefevre.

En 1865 une des plus ancienne brosserie est créée : L’entreprise Auguste puis Charles Gourdelier qui fonctionnera jusqu’en 1911 à l’emplacement que la SIAM a occupé plus tard. En 1892 une machine à vapeur donnait le mouvement aux machines de cette brosserie.

le Syndicat des industries brossières de l’Oise est créé à Saint-Sauveur en 1893.

Après que des habitations aient occupé les lieux et la guerre finie, la brosserie Bontemps prend le relai en 1915 sur le même emplacement.

En 1898 le ministre de la guerre (Charles de Freycinet), par sa décision de faire fabriquer les brosses nécessaires à l’armée dans les prisons, déclenche une crise grave de  l’activité brossière.

Les brosseries emploient plusieurs dizaines de personnes dans le village mais un effectif presque aussi important travaille dans des scieries qui fabriquent des bois de brosses.

boisdebrosse.jpg

 Des petits ateliers, comme celui de mon grand-père, étaient spécialisés dans la décoration, la marqueterie et le vernissage des brosses. D’autres artisans façonnaient et perçaient des bois, opération difficilement réalisable avec des machines.

En 1955, 6 usines à brosses fonctionnaient encore à Saint Sauveur.

Et si on ajoute les nombreuses ménagères qui travaillent à domicile au montage des poils de soie, de chiendent ou de nylon dans les bois de toutes formes, plus de deux cents personnes vivaient de la brosserie dans le village dans les décennies 50 60.

En effet les articles de luxe ou de formes particulières ne peuvent être montés à la machine et on fait largement appel au travail manuel à domicile.

Une grosse société , La Brosse et Dupont, envoyait même de Beauvais une ou deux fois par mois une camionnette pour ravitailler les ouvrières à domicile en bois et poils de nylon, et reprendre les brosses terminées. Il s’agissait de brosses pour chiens munies d’un réservoir de bakélite destiné à recevoir un liquide de toilette. Les montures ovales en bakélite étaient comptabilisées, les poils pesés et la ficelle mesurée, de façon à ce qu’aucune pièce ne soit détournée…

J’ai encore en mémoire la petite table qui était consacrée à ce travail dans un coin de la cuisine de mon enfance. Un gros piton vissé sur un coin servait à donner la tension à la ficelle qui maintenait la pincée de poils de nylon pliée en la faisant pénétrer dans le trou du bois. Si la pincée était trop grosse, elle ne rentrait pas dans le trou et si elle ne comportait pas assez de poils elle passait à travers ! On imagine la dextérité nécessaire pour prendre rapidement la quantité de nylon optimum une centaine de fois par brosse…

J’entends encore le bruit de tension de la ficelle qui faisait bondir la table à chaque trou de brosse.

La majorité des brossières à domicile travaillaient pour la brosserie Charette de Béthisy avec le même principe mais pour des pièces plus grosses.

Les doigts des brossières étaient abîmés car ce travail avec des gants était impossible.

Il reste aujourd’hui en France 900 personnes employées par 80 brosseries dont 20 de taille artisanale… Mais aucune dans la région.

Une Réponse à “L’activité brossière”

  1. debut2011 dit :

    Merci pour cet article très intéressant !
    Triste quand un artisanat agonise…
    Bonne soirée
    Cordialement
    Anne

    Dernière publication sur Je me SOUVIENS... : FRERES ennemis etc...

Laisser un commentaire

 

targuist |
Gabon, Environnement, Touri... |
Site des Jeunes Tassilunois |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Droit Administratif des Bie...
| L'info back.
| ouvrir les yeux