Amar, les origines du cirque

Posté par Bernard POULET le 25 novembre 2011

amar enseigne

Qui n’a pas rêvé devant la piste et les clowns, les acrobates et autres artistes qui se produisent de ville en ville sous de chapiteaux immenses ?

Sait on que l’un des personnages qui sont à l’origine de cette corporation a vécu longtemps dans un petit village qui n’est pas très éloigné du nôtre : Aumont-en-Halatte.

Voici l’histoire de ce précurseur que fut Monsieur Amar qui a donné son nom à l’un des plus grands cirques de ces dernières décennies.

Ce texte a été écrit par un Aumontois qui a puisé dans ses souvenirs et les documents qu’il a rassemblés sur ce sujet. Remercions-le au passage pour ce travail de mémoire.

MUSTAPHA AMAR 

Qui est-il ?

Né le 3 juillet 1896 à Fontenay le Comte, Vendée, maire d’Aumont en Halatte de 1947 à 1960, Mustapha Amar fut le plus jeune dompteur de fauves du monde, ainsi que l’affirme la publicité de l’époque. Nous sommes en 1909, Mustapha a treize ans. Il est le fils d’Ahmed ben Amar ben el Gaïd, voyageur forain originaire de Kabylie et de Marie Gabrielle Bonnefous, sœur du directeur de la ménagerie du même nom.

La grande aventure du cirque

Bien vite, le petit  Cirque Amar, créé en famille, se déplace de foire en foire, à travers la France.

  • 1926 : « Le Grand Cirque Ménagerie Amar Frères » – ils sont quatre – devient célèbre au-delà de nos frontières. Commence alors une longue tournée qui mènera la troupe d’Algérie au Maroc, de Tunisie en Égypte, de Grèce en Turquie, de Bulgarie en Hongrie et enfin d’Autriche en Italie. La troupe rentrera à Paris couverte de gloire.

C’est Mustapha Amar qui confèrera au cirque sa popularité internationale. Avant de diriger la troupe depuis son bureau des Champs Elysées, il s’est illustré sur la piste en tant que dompteur intrépide. Un soir de représentation à Bruxelles, sa  tête est prise en tenailles par les mâchoires d’un tigre imposant. Mustapha Amar en gardera pour toujours les cicatrices.

  • 1929 : il traverse de nouveau la Méditerranée avec cent vingt véhicules pour transporter la troupe, la ménagerie et le matériel. Pour l’époque, c’est une véritable expédition. C’est aussi, et de loin, le plus grand déplacement organisé d’une troupe de spectacle. Seul le cirque Barnum aux États-unis fera mieux. La famille Amar devient alors immensément riche. Le cirque est rebaptisé « Cirque Géant « . Deux troupes et une double piste, il faut faire face au succès !
  • Avant la seconde guerre mondiale M. Amar crée un nouveau spectacle qui s’installe à l’Empire, avenue de Wagram, à deux pas de l’Arc de Triomphe. Dans cette salle, il présentera des numéros étonnants : exhibitions sportives et représentations d’artistes de music-hall,  Fernand Reynaud par exemple.
  • Après la seconde guerre mondiale, en pleine guerre froide, Moscou et New York  font un pont d’or au cirque Amar pour pouvoir l’accueillir. Le gouvernement japonais invite Mustapha Amar à Tokyo afin que ce dernier puisse choisir les meilleures attractions d’Asie à monter en Europe.
  • 1960 : le cirque Amar est devenu l’un des plus importants d’Europe. Une tournée internationale met en jeu un train spécial de cinquante-quatre wagons, une centaine d’artistes qui présentent vingt-trois numéros sous un chapiteau géant à huit mâts. Les plus grands de la piste s’y côtoient, tels Achille Zavatta ou les Fratellini. C’est le dernier  et le plus glorieux épisode de la saga des Amar, la mort successive de trois des quatre frères y mettant fin.

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  • 1964 : un accident de ménagerie, l’évasion de trois éléphants, cause la mort d’un enfant dans le sud-ouest de la France. Ce drame affectera énormément M. Amar, Homme de spectacle pourvoyeur de bonheur pour tous, il n’acceptera jamais que, par sa faute, un enfant soit devenu victime.
  • 1968 : Mustapha Amar se résigne à abandonner la direction du cirque. L’enseigne est reprise par la famille Bouglione.

Mustapha Amar à Aumont en Halatte

Il  est élu maire le 29 octobre 1947 à la majorité absolue.

Le village, à l’époque, est composé de familles essentiellement ouvrières, parfois nombreuses. Les divertissements sont rares et la vie sociale se concentre sur les trois cafés, le lavoir où les femmes se retrouvent, la forêt où nombre d’habitants font du bois et enfin les jardins où chacun cultive ses légumes.

Nous sommes encore loin de la voiture pour tous, de la télévision, du téléphone portable ou non, de la machine à laver, du réfrigérateur et de l’ordinateur …

Quand il n’est pas sur les routes ni à son bureau sur les Champs-Élysées, Monsieur Amar  regagne souvent  son domicile, 29 rue Louis Blanchet, propriété qu’il a achetée à M GROVLEZ, compositeur de musique et chef d’orchestre.

Les habitants du village apprécient Mustapha Amar pour sa gentillesse, sa générosité, son naturel et sa jovialité. Il est celui qu’ils rencontrent, lors de leurs promenades, et qui connaît chacun  par son prénom.

Aux yeux des enfants du village, une trentaine après-guerre, Mustapha Amar est synonyme de bonheur ! Aucun ne peut pas partir en vacances car les familles ont peu de moyens. M. Amar met en place des colonies de vacances : à Nice ou à Mers-Les-Bains, Paramé ou Plancoët. Les premières années, les enfants sont accompagnés par Geneviève Blanchet, secrétaire de mairie, et ensuite par des organismes accrédités. Tous peuvent partir sans que les familles aient à débourser un centime.

Des cars transportent gracieusement les habitants du village, le temps d’une journée, au bord de la mer, au Tréport ou à Dieppe

Des invitations gratuites au spectacle du cirque sont remises aux Aumontois, alors traités en VIP. Des cars sont mis à leur disposition afin qu’ils puissent s’y rendre sans frais. Les ouvreurs en viennent même à surnommer les jeunes du village « les enfants du patron ».

A chaque Noël, une estrade est installée dans la salle de la mairie et les enfants ont droit à un spectacle de clowns avec les Fratellini, suivi d’une distribution de  jouets, tout cela sans aucun frais pour la commune.

Fin juin, lors de la fête patronale, le lundi est consacré aux tours de manège gratuits pour tous. Une année, il organise un spectacle à la butte d’Aumont, qu’il fait clôturer entièrement, installe des gradins et invite tous les Aumontois. Ce jour-là, le spectacle durera deux heures et le public pourra voir ‘La Malle Magique’ en avant-première.

Les élèves de l’école communale ne sont pas en reste : M. Amar récompense  chaque réussite au Certificat d’Études ou chaque entrée en sixième par un vélo qui permet d’aller en apprentissage ou au lycée à Senlis, en toute autonomie.

Lors du Carême et des fêtes de Pâques, les cloches étant muettes, les enfants de choeur remplacent les sonneries. Ils font le tour du village pour les ‘bacottes’. Ils frappent une planchette avec un maillet de bois pour annoncer chaque  heure de la journée, et cela de six heures à dix-huit heures durant toute la semaine pascale. C’est éprouvant mais joyeux ! A la fin de la semaine, les enfants de chœur reçoivent des bonbons, des gâteaux, des œufs ou de l’argent en remerciement lors de leur passage. Au domicile de Mustapha Amar, leurs gains se voient très  largement augmentés, mais il faut chanter !

Un après-midi d’été en rentrant de Paris, M. Amar s’arrête pour regarder les jeunes jouer au football. Il écoute les doléances de chacun et, les jours suivants, les joueurs sont équipés de maillots, bas, chaussures et ballons neufs. C’est ainsi que va naître le FCA  – Football Club Aumontois.

Le 24 novembre 1957, Mustapha Amar revend à la commune plusieurs parcelles, d’une superficie totale de 8768 m2, pour la somme symbolique de 500 francs. Ceci permettra de construire une nouvelle école, celle de 1866 n’offrant que vingt places, alors que quarante sont désormais devenues nécessaires. Ce terrain est actuellement occupé par le foyer socio culturel – l’ancienne école, un pavillon, l’ex-logement de l’institutrice, le court de tennis et le terrain de football.

Une famille nombreuse est-elle dans une situation précaire ? M. Amar lui propose un terrain pour lui permettre de s’installer durablement et d’y vivre décemment.

Le 15 juillet 1960, il rédige sa lettre de démission de la mairie à la suite d’un différend avec certains membres du conseil municipal. Son mandat prend fin le 30 novembre 1960. Il vend ses biens et quitte définitivement le village à ce moment-là.

En 1968, à soixante-douze ans ans, il cesse toute activité et se retire à Villefranche- sur- Mer où il passera le restant de ses jours. Il meurt à Nice le 29 novembre 1980.

Nous sommes une dizaine dans le village à pouvoir encore témoigner de cette époque. Alors que nous étions enfants ou adolescents, Mustapha Amar nous a donné cette part de rêve qui, cinquante ans plus tard, peuple nos souvenirs avec tendresse.

Il fut un grand donateur pour le village d’Aumont et ses dons ne se limitèrent pas à des places gratuites de cirque pour les villageois !

Gilbert WEYLAND

 

Merci à Jeanne COLIN pour ses recherches, Sylvie FLORENTIN pour le prêt de sa plume.

Merci à tous mes amis d’enfance pour leurs souvenirs : Danica BONTEMPS, Fanny MINIER, Michelle ESCUDIE, Philippe ZAGAR, Marcel BROCHOT, Jean Claude GUIZELIN, Francis WEYLAND.

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