le chauffage dans les années 50

Posté par Bernard POULET le 11 février 2014

Notre maison était chauffée au bois comme la plupart des habitations de la région à cette époque. Il nous fallait en assurer l’approvisionnement.

Le bois, disponible dans la forêt proche, n’en était pas moins lourd et encombrant. Son ramassage pouvait même être interdit dans certaines conditions.

Nous partions pour l’après midi avec une brouette ou une remorque à bras, des cordes pour attacher le bois ou pour nous sortir d’éventuelles mauvaises passes.

Scies égoïnes et serpes faisaient partie de l’expédition, bien qu’interdites : on les cachait dans des sacs en jute au fond de la brouette.

Aux remorques on préférait la brouette à roue de bois cerclée d’acier. Elle était plus facile à manier dans les passages étroits et difficiles.

Pour faire tomber les branches sèches hors d’atteinte, nous utilisions un crochet ou une ficelle munie d’un écrou à son extrémité, ce qui lui permettait, une fois lancée, de s’enrouler autour de la branche convoitée. Il ne restait plus alors qu’à tirer pour que la branche (ou la ficelle…) casse.

Les chablis, arbres secs déracinés et couchés, ainsi que les grosses branches mortes étaient nos proies favorites. Elles finissaient coupées en un mètre, en travers de la brouette.

brouette

Nous rehaussions le dosseret de la brouette pour en empiler davantage, et ma mère, qui poussait le chargement, voyait à peine devant elle, tant il était haut.

Les passages boueux, parfois à gué de ruisseau, devaient être franchis en tirant la brouette avec une corde. Il est arrivé plus d’une fois qu’une cargaison bascule dans un bourbier.

Les hommes du quartier transportaient de longs chargements de branches et de petits arbres sur leurs épaules. On disait qu’ils ramenaient des épaulées. Il fallait prononcer : « épaulayes ».

Certains remplaçaient la selle de leur vélo par un deuxième guidon qui formait un berceau avec le premier supportant le long et pesant fardeau. Ils revenaient au village en marchant à côté de la bicyclette lourdement chargée.

En rentrant à la maison, le bois devait être stocké, de préférence à l’abri de la pluie, en attendant d’être débité en bûches de trente centimètres, longueur adaptée à l’ouverture de la cuisinière.

Le bois de chauffage était débité avec une scie circulaire montée sur un châssis de chêne et entraînée par un moteur électrique. Pour les grosses bûches, elle était entraînée par un moteur à essence monocylindre qui, un jour, me fit une grande frayeur : la courroie reliant la scie au moteur se rompit et le lourd moteur, monté sur un cadre métallique, se mit à dévaler la pente de la cour en faisant des bonds au rythme des va et vient de son énorme piston.

J’étais bien sûr le seul à avoir eu peur car ce monstre d’acier incontrôlé avait été impressionnant seulement pour l’enfant de dix ans que j’étais. Mes parents et mon frère s’étaient bien moqués de moi.

L’hiver, on allumait la cuisinière avec des brindilles tous les matins. C’était la tâche des enfants de remplir chaque jour un panier de petit bois. Bien que facilité par la proximité de la forêt de l’autre côté de la rue, ce travail était perçu comme une corvée.

Il arriva plus d’une fois que le panier ne fût plein qu’en apparence : un mince étage calé dans la partie supérieure du panier faisait croire à un ravitaillement débordant…

Le travail d’artiste qu’était cette duperie enfantine prenait en fait beaucoup plus de temps qu’il n’en aurait fallu pour remplir un plein panier.

Le matin nous étions réveillés par le bruit de la grille de la cuisinière, qu’on secouait pour faire tomber la cendre de la nuit. Les quelques braises qui subsistaient permettaient parfois de rallumer le feu plus rapidement qu’avec du papier et du petit bois.

Le bois fut le seul moyen de chauffage de la maison jusqu’à l’arrivée d’un poêle à mazout qui, installé dans la salle de bain, contribua au confort de la toilette à partir de 1958.

L’hiver, sur la fenêtre de la chambre, il n’était pas rare de voir, dans la lueur du matin, les superbes motifs irisés dessinés sur les vitres par le givre.

Les soirs d’hiver, au moment de se coucher dans une chambre non chauffée, le lit était une vraie glacière.

Pour atténuer la froideur des draps, nous disposions au fond du lit une bouillotte ou une brique préalablement chauffée dans le four de la cuisinière puis enveloppée d’un linge afin qu’elle ne nous brûle pas les orteils.

bouilotte

Dans sa partie basse, la cuisinière comportait une sorte d’étuve où nous rangions nos chaussons pour qu’ils soient bien chauds au moment de les enfiler.

Un soir, après avoir chaussé nos pantoufles, des miaulements faibles, comme lointains, se firent entendre. Notre chat, Pompon, devait être en difficulté. Après avoir cherché dans toute la maison, nous le découvrîmes, la langue pendante, dans l’étuve qui s’était refermée sur lui alors qu’il s’était assoupi bien au chaud…

cuisinière b

Pour que le dessus en fonte de la cuisinière reste brillant, il fallait de temps en temps le frotter avec une toile émeri fine pour supprimer les salissures dues aux débordements des cuissons.

Ma mère affûtait régulièrement ses couteaux sur la cuisinière comme sur un fusil de boucher. Le frottement des lames en avait d’ailleurs arrondi et usé tout un angle.

Le feu devenait parfois si violent que le tuyau qui sortait du fourneau rougissait. On tournait alors la clé pour couper le tirage. La fumée se répandait dans la cuisine, et nous devions ouvrir la fenêtre malgré le froid.

Vers 1960 le chauffage central apparut, une installation traditionnelle sans ballon d’eau chaude, ni régulation, ni pompe. L’eau circulait dans les tuyauteries et dans les radiateurs par différence de densité entre l’eau chaude et l’eau refroidie.

La chaudière était alimentée avec du bois comme la cuisinière.

C’est seulement vingt ans plus tard que l’arrivée du gaz naturel à Saint-Sauveur permit l’installation d’une chaudière fonctionnant avec ce combustible nouveau.

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