L’école à Saint-Sauveur dans les années 50

Posté par Bernard POULET le 11 février 2014

L’école de Saint-Sauveur, comme les autres, séparait les garçons des filles.

Les cours de récréation respectives étaient divisées par le bâtiment scolaire. Durant l’été nous jouions aux billes et aux autos sur le sol de terre battue.

La cour de devant était réservée aux filles et aux petits de la maternelle, la cour de derrière aux garçons.

Deux des quatre instituteurs vivaient à l’étage, et quand le fils de l’un d’eux eut la bonne idée d’attraper la scarlatine, l’école fut fermée pendant plusieurs jours afin d’éviter la propagation de la maladie.

Nous étions tous vêtus d’une blouse grise qui, bien qu’elle ne soit pas obligatoire, était l’uniforme des écoliers.

Une fois par an, le photographe venait faire la traditionnelle photo de classe. Il nous fallait attendre patiemment, bien rangés, les plus petits devant, et par ordre croissant de taille, les plus grands sur les marches du perron.

L’  »officiant » sortait enfin la tête de dessous le drap noir qui recouvrait l’énorme appareil à soufflet posé sur un trépied, et, le déclencheur à la main, il donnait ses dernières instructions : «  Serrez vous un peu. Monsieur l’instituteur, souriez… merci !  ».

école 1956 

Dans les salles de classe, le bureau du maître trônait sur l’estrade, le tableau noir était vraiment noir et nous redoutions tous d’y être appelés pour réciter une leçon mal apprise.

la classe                                  carte afrique retouchée

                                                     Photographie Gérald BLONCOURT

On effaçait le tableau à tour de rôle avec une galette de feutre blanc qu’on devait aller battre dehors.

Des cartes grand format, accrochées par de gros œillets sur un pan articulé du tableau, nous aidaient à connaître par cœur les colonies françaises, les fleuves et les canaux, les massifs montagneux et les réseaux de voies ferrées.

Les pupitres en bois, à deux places, au plan de travail incliné, avaient une case où livres et cahiers voisinaient avec les billes et le goûter dans son sac en papier.

pupitre                               encrier

La veille des vacances, il était d’usage de poncer le dessus des pupitres avec du papier de verre pour effacer les taches d’encre et les divers graffitis, témoins de nos réflexions.

Deux trous recevaient les encriers de porcelaine blanche. Le maître passait régulièrement dans les rangs pour les remplir avec la grande bouteille d’encre violette, munie d’un bec verseur chromé.

Le porte-plume avait une fâcheuse tendance à rouler en travers du plan incliné faisant des taches sur nos cahiers. Les tout récents stylos à bille étaient interdits.

plumier              trousse              sergentmajor

Nous n’étions pas autorisés à utiliser d’autres plumes que des Sergent Major, allouées en même temps que le porte-plume de bois rouge réglementaire et le buvard rose que nous placions sous notre main afin de ne pas salir le cahier en écrivant.

Quand nous retirions trop précipitamment la plume de l’encrier, il nous arrivait de le faire sortir de son logement et de le renverser sur la table.

ardoise              crayon d'ardoise

Si le porte-plume servait à écrire dans le cahier du jour, exercices et brouillons se faisaient sur une ardoise au cadre de bois. On écrivait avec un porte-mine en métal, le crayon d’ardoise.

A la rentrée on nous confiait des livres que nous devions couvrir avec le papier bleu de rigueur. Son pliage devait être précis et net pour tenir toute l’année.

Pour ceux qui avaient eu une mauvaise note, la punition consistait à faire un certain nombre de tours de cour pendant la récréation.

Quelle honte de faire partie de la file de cancres qui tournait autour de la cour pendant que s’amusaient les autres élèves !

osselets couleur 

Durant la récréation on jouait aux osselets, aux petites voitures, et au « mouchoir ». Le jeu du chat perché nous faisait grimper sur les embases des poteaux du préau.

Un autre jeu, pour deux joueurs, exigeait d’être le premier à aligner trois petits cailloux sur les intersections d’un carré et ses diagonales tracées sur le sol. C’était la « rangette ».

Les leçons de choses se déroulaient fréquemment dans les jardins des instituteurs derrière les préaux. Nous devions les traverser pour nous rendre dans la forêt toute proche ou pour faire un peu de sport dans l’espace situé près du cimetière pompeusement baptisé « terrain de basket ».

Aujourd’hui cet espace est en partie occupé par l’école maternelle construite dans les années 70.

Les exercices les plus pratiqués étaient le lancer de poids et le saut en hauteur.

Chaque année nous devions répéter les mouvements d’ensemble pour la journée de l’UFOLEP.

 ufolep

Certains jours, nous faisions un cross sur un parcours d’une longueur très modeste que je trouvais pourtant bien long : je gagnais un tour en me cachant au détour du chemin et en rejoignant le peloton au passage suivant.

Notre instituteur, qui avait un problème de hanches, ne pouvait pas suivre la course et ne se doutait pas de la supercherie, du moins le croyions-nous…

Quand les fleurs de tilleuls étaient épanouies, les écoliers avec les instituteurs, allaient les récolter sous les arbres bordant les allées qui montent vers le cimetière.

Le trajet vers l’école ressemblait à une procession regroupant progressivement tous les enfants d’une rue qui, au passage, rejoignaient leurs camarades. Ainsi, à la même heure et de chaque rue du village, convergeait vers la place l’ensemble des écoliers. Rue Pasteur, les nombreux enfants du garde forestier ouvraient le cortège quotidien.

En bons garnements, nous prenions un malin plaisir à remonter sur notre passage les butées de volets encore fermés. Ces petits bonhommes de fonte devaient apprécier que nous leur remettions la tête en haut !

butée de volet 002 

A la belle saison, nous jouions aux « tilleux » tout le long du chemin. Il fallait frapper une grosse bille d’acier posée au sol en lançant dessus une bille identique pour la propulser quelques mètres plus loin. Ces « tilleux » étaient en fait des billes de roulements prélevées sur des vieilles roues de tracteur par les enfants des fermiers.

L’hiver, quand le temps était très froid et que le travail de mon père le faisait passer devant l’école, il m’emmenait sur le porte-bagages de son vélo. Un sac enroulé, attaché avec une ficelle, formait un coussin rudimentaire.

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Je me recroquevillais derrière son dos à l’abri du vent, mais j’ai gardé le souvenir d’avoir été plus d’une fois saisi par l’air froid.

Son vélo filait bon train malgré l’unique jambe de mon père. Un ressort ramenait la pédale droite vers le bas jusqu’à ce que le pied gauche prenne le relais au demi tour suivant.

La scolarité s’arrêtait à quatorze ans pour la plupart. Rares étaient ceux qui, à onze ans, passaient en sixième au collège ou, à treize ans, au lycée.

Un cycle d’apprentissage de trois ans ou l’entrée directe dans la vie active était le lot de la majorité des enfants à l’issue de l’école primaire.

Souvent, l’instituteur convoquait les parents pour leur conseiller de faire passer à leurs enfants un concours d’entrée en 4ème. Le lycée était situé assez loin de la maison.

Je devins interne à treize ans alors que je n’avais jamais quitté mon village.

- Les sorties scolaires

Plusieurs fois par an, les écoliers de Saint-Sauveur étaient invités à participer à des voyages.

Le jeudi, un autocar nous emmenait à Compiègne voir les premiers films en cinémascope : Vingt Mille Lieues sous les Mers, Le Monde du Silence, La Grande Prairie, Michel Strogoff. On allait au Celtic, au Margny Palace, et au Nouveau Théâtre.

Il y avait traditionnellement une sortie à la fin de l’année scolaire. Presque toujours en direction de la mer, elle avait pour destinations le Tréport, Berck ou Fort-Mahon.

Le départ se faisait de très bonne heure le matin sur la place René-Eveloy, devant l’église.

L’autocar nous attendait déjà quand nous arrivions avec notre sac de pique-nique, un maillot de bain et une serviette.

Nous devions nous dépêcher de choisir notre place pour faire le trajet avec le camarade de notre choix.

Nous étions heureux de faire ce grand voyage dans un car plus confortable et plus moderne que ceux que nous avions l’habitude de voir. Le plaisir du trajet valait bien celui de la plage, sauf pour ceux qui supportaient mal la route…

Les inévitables œufs durs constituaient, avec le sandwich au jambon, le repas que notre mère avait préparé pour notre pique-nique. Il était agrémenté du sable de la plage qui croquait sous la dent.

Après quelques bains et chahuts sous la surveillance des instituteurs et des parents qui nous avaient accompagnés, nous remontions dans le car pour arriver à Saint-Sauveur en début de soirée, fatigués mais ravis malgré quelques coups de soleil.

De temps en temps un spectacle de marionnettes était proposé aux enfants de l’école. Guignol s’installait dans la salle de la mairie où on disposait des bancs pour les spectateurs.

3 Réponses à “L’école à Saint-Sauveur dans les années 50”

  1. Pierre BARRE dit :

    Bravo pour votre site , j’ y ai trouvé beaucoup de choses très intéressante sur votre village, j’ habite à Bellival, commune de Gilocourt, et je fais des recherches sur les villages de la région , je rentre des données sur le site généawiki, en particulier pour Gilocourt, Orrouy, Néry, Béthancour-en-Valois et également Acy-en-Multien, pour tous ce qui concerne les Maires, curés, notaires, médaillés de la légion d’ honneur , ainsi que les monument aux morts, et les listes de soldats tués aux cours des guerres.Ci-dessous le lien de Généawiki ( Très interssant )
    http://fr.geneawiki.com/index.php/Accueil

    Cordialement et bonne Journée
    Pierre Barré

  2. Pierre BARRE dit :

    J’ ai peut-être pas placé au bon endroit mon commentaite
    Excuses
    Pierre Barré

  3. Merci beaucoup pour ce compliment. Je vais aller faire un tour sur ce site…

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