• Accueil
  • > Commerces, artisanat, industries

La Cauette à Bières

Posté par Bernard POULET le 1 août 2012

 Saint Sauveur dans les années 90 : Jean-Paul Fontaine est dessinateur industriel et commence à s’ennuyer ferme dans ce métier.

Son charisme et son besoin de contact le poussent vers une activité plus conviviale. Mais laquelle ? Un commerce, un établissement de restauration ?

Tenir une crêperie serait son rêve mais son épouse Nicole n’y tient pas vraiment …

Ils ont tous les deux dans les chromosomes une culture « bières » et ils se verraient bien travaillant dans ce domaine.

Un jour Nicole découvre au hasard d’une visite une ancienne enseigne lumineuse vantant une bière connue et elle décide de l’acquérir pour en faire un cadeau de Noël à son passionné de mari. Les fêtes de fin d’année sont encore loin et elle ne résiste pas au plaisir de lui offrir sans attendre Noël.

Nous sommes en 1994. Dès l’année suivante Jean-Paul démissionne de son emploi et crée son commerce de bière « gros et détail » auquel il faut trouver un nom.

Le couple Fontaine habite une vieille maison en pierre de pays avec une dépendance en bordure de rue. Le lieudit s’appelle la Cauette : son établissement s’appellera « la Cauette à bières ».

Deux cents ans auparavant l’endroit était occupé par une exploitation de lignite qui occupait plusieurs dizaines d’ouvriers. Les exploitants en furent MM Lereau père et fils, Boudin, Périer, Baillon, Demarque, Choron.

On entreprend des travaux pour transformer l’écurie bordant la rue en un petit magasin.

La Cauette à Bières dans Commerces, artisanat, industries cauette-%C3%A0-bieres-2-300x225

Une cave polonaise (semi-enterrée) est reconstituée au fond du terrain avec des pierres récupérées d’une vraie cave et repérées une à une.

Plus tard un petit hangar viendra agrandir la capacité de stockage (dans un style il est vrai beaucoup moins authentique).

Un vieux puits commun, un des plus beaux du village, est restauré et ajoute son charme au cachet de l’endroit.

puitscauette.jpg

La Cauette à bières construit sa réputation sur une très grande variété de produits de provenance du monde entier. Chacun, amateur ou non, y trouve la bière correspondant à son goût.

cauette-%C3%A0-bieres-1-300x225 dans Histoire locale

Des présentations « cadeau » y sont proposées, avec beaucoup de succès au moment des fêtes. On y pratique le principe de la consigne des bouteilles vides : ce qui est commercialement habile et écologique… Pour remercier les fidèles clients un système de bonus donnant droit à un verre de marque pour chaque montant d’achat correspondant à environ 50 petites bouteilles achetées.

Jean-Paul et Nicole ont organisé jusqu’en 2003 une manifestation à thème dans leur grand jardin. L’ambiance kermesse était de mise et le succès assuré pourvu que le temps s’y prête.

Des voyages à thèmes organisés jusqu’en 2008 permettent à plusieurs centaines de clients et amis de faire des visites culturelles en Belgique en bus.

Le souci de l’authentique amène jean-Paul à s’équiper d’un triporteur à pédales qu’il décore aux armes de la Cauette. Ce moyen de transport se révèle bien pratique pour livrer les client dans les vieilles rues de Senlis.

Heureusement un camion plus moderne est utilisé pour les ravitaillements et parcourt les routes de France et de Belgique pour remplir les rayon du petit magasin.

Les clients sont aussi bien des particuliers que des bars de la région qui savent trouver ici toutes les bières imaginables. L’UTC, symbole de la jeunesse locale, est un des client les plus significatifs.

La qualité des produits et l’originalité de l’accueil n’ont d’égal que la chaleur des tenanciers.

J’espère vous avoir donné envie de mieux connaître cet endroit discret et original.

Grand merci à Jean-Paul Fontaine qui a bien voulu me confier ses archives et ses souvenirs.
cauette-%C3%A0-bieres-3-300x225  

http://cauetteabiere.skyrock.com/1.html

 

 

Publié dans Commerces, artisanat, industries, Histoire locale | Pas de Commentaire »

L’activité brossière

Posté par Bernard POULET le 17 janvier 2011

Le village de Saint-Sauveur est très lié à la brosserie.

La proximité de la forêt en est certainement la cause première. Les bois et les manches de ces ustensiles indispensables ont en effet longtemps été fabriqués avec ce matériau.

Les matières modernes ont peu à peu remplacé le bois et l’industrie brossière s’est éloignée vers d’autres horizons. Les prix de revient attractifs des contrées lointaines ont sans doute aidé à ce transfert qu’on appelle aussi dé-localisation.

Les villages voisins, particulièrement Béthisy et Saintines, sont également très impliqués dans cette activité.

En 1765 Saint Sauveur est la première commune brossière de France. On y fabrique des brosses à frotter, à cire, de cavalerie, de chapelier, de tisserand,de troupe, décrottoires, spatules, dragonnes, à deux faces, de chien, de comptoir, à balais…

C’est l’une des deux seules localités de France où l’on fabrique des bois de brosses.

Déjà en 1850 plus de 100 ouvriers sont occupés par la brosserie dans notre village en travaillant dans les ateliers Harmand Bombars et Lefevre.

En 1865 une des plus ancienne brosserie est créée : L’entreprise Auguste puis Charles Gourdelier qui fonctionnera jusqu’en 1911 à l’emplacement que la SIAM a occupé plus tard. En 1892 une machine à vapeur donnait le mouvement aux machines de cette brosserie.

le Syndicat des industries brossières de l’Oise est créé à Saint-Sauveur en 1893.

Après que des habitations aient occupé les lieux et la guerre finie, la brosserie Bontemps prend le relai en 1915 sur le même emplacement.

En 1898 le ministre de la guerre (Charles de Freycinet), par sa décision de faire fabriquer les brosses nécessaires à l’armée dans les prisons, déclenche une crise grave de  l’activité brossière.

Les brosseries emploient plusieurs dizaines de personnes dans le village mais un effectif presque aussi important travaille dans des scieries qui fabriquent des bois de brosses.

boisdebrosse.jpg

 Des petits ateliers, comme celui de mon grand-père, étaient spécialisés dans la décoration, la marqueterie et le vernissage des brosses. D’autres artisans façonnaient et perçaient des bois, opération difficilement réalisable avec des machines.

En 1955, 6 usines à brosses fonctionnaient encore à Saint Sauveur.

Et si on ajoute les nombreuses ménagères qui travaillent à domicile au montage des poils de soie, de chiendent ou de nylon dans les bois de toutes formes, plus de deux cents personnes vivaient de la brosserie dans le village dans les décennies 50 60.

En effet les articles de luxe ou de formes particulières ne peuvent être montés à la machine et on fait largement appel au travail manuel à domicile.

Une grosse société , La Brosse et Dupont, envoyait même de Beauvais une ou deux fois par mois une camionnette pour ravitailler les ouvrières à domicile en bois et poils de nylon, et reprendre les brosses terminées. Il s’agissait de brosses pour chiens munies d’un réservoir de bakélite destiné à recevoir un liquide de toilette. Les montures ovales en bakélite étaient comptabilisées, les poils pesés et la ficelle mesurée, de façon à ce qu’aucune pièce ne soit détournée…

J’ai encore en mémoire la petite table qui était consacrée à ce travail dans un coin de la cuisine de mon enfance. Un gros piton vissé sur un coin servait à donner la tension à la ficelle qui maintenait la pincée de poils de nylon pliée en la faisant pénétrer dans le trou du bois. Si la pincée était trop grosse, elle ne rentrait pas dans le trou et si elle ne comportait pas assez de poils elle passait à travers ! On imagine la dextérité nécessaire pour prendre rapidement la quantité de nylon optimum une centaine de fois par brosse…

J’entends encore le bruit de tension de la ficelle qui faisait bondir la table à chaque trou de brosse.

La majorité des brossières à domicile travaillaient pour la brosserie Charette de Béthisy avec le même principe mais pour des pièces plus grosses.

Les doigts des brossières étaient abîmés car ce travail avec des gants était impossible.

Il reste aujourd’hui en France 900 personnes employées par 80 brosseries dont 20 de taille artisanale… Mais aucune dans la région.

Publié dans Commerces, artisanat, industries, Forêt, industries du bois | 1 Commentaire »

Les allumettes de Saint-Sauveur

Posté par Bernard POULET le 11 décembre 2010

Quand on parle d’allumettes chez nous on pense immédiatement à la « MANU ».

Cette usine installée sur le territoire de notre voisine de Saintines a été une des plus  grosses fabriques d’allumettes en France pendant des décennies. Elle a été aussi le plus gros employeur de la région.

Sont-ce les nombreuses plantations de peupliers qui ont entrainé la fabrication d’allumettes ou l’inverse ? De toute évidence ces deux activités sont liées.

L’allumette dite « de sureté » que nous connaissons aujourd’hui a été inventée par le suédois Gustaf Erik Pasch en 1844.

allumettes.jpg

En 1853 un certain Monsieur Crépu commençait à fabriquer des allumettes à Saintines. Il avait pour cela racheté le moulin à blé au bord de l’Automne. Le sieur Pariset y a poursuivi cette activité jusqu’à la main mise de l’état.

A la même époque la fabrication d’allumettes a commencé à Saint-Sauveur.

En 1858 Clément Frédéric Mélin, marchand de bois et boulanger, se lançait dans cette nouvelle fabrication dans notre village.

Sa fabrique était située en haut de la rue Pierre Lacaille (plan ci-dessous datant du 14 décembre 1867).

labastilleen1857.jpg

Malheureusement ce plan ne nous donne pas l’emplacement exact des bâtiments de cette fabrique sinon qu’elle se situait à la hauteur du numéro 88 de la rue Pierre Lacaille.

En 1861 Monsieur Mélin emploie environ trente ouvriers lorsqu’il revend son entreprise à Pascal Bourbier qui déposera un brevet sur la façon de découper les allumettes.

L’activité diminue, le nombre d’ouvriers passe à quinze, et en 1863 la petite fabrique doit fermer. Ce ne fut qu’un arrêt anticipé car la fabrication d’allumettes devint un monopole d’Etat par la loi du 2 août 1872 afin de lever un impôt après la guerre de 1870.

Cette année là, environ 550 fabriques d’allumettes ont été expropriées par le gouvernement Thiers.

C’en sera fini des allumettes à Saint-Sauveur; même si la SIAM, beaucoup plus tard commercialisera certains types d’allumeurs en paraffine produits par la SEITA à Saintines.

Depuis 2007 on ne fabrique plus d’allumettes en France.

Cependant, on peut affirmer sans se tromper que chaque maison sansalvatorienne possède encore un stock conséquent de boîtes marquées du petit « S » qui distingue les emballages des allumettes sortant de l’usine de Saintines…

Merci à Claude Gerbault et Daniel Carbonnier qui m’ont permis d’utiliser certains éléments contenus dans le bulletin municipal n°19.

Voir le blog très documenté qui traite tout spécialement des allumettes :

http://mes-allumettes.over-blog.com/categorie-10536799.html

Publié dans Commerces, artisanat, industries, Forêt, industries du bois | Pas de Commentaire »

La poste dans les années 50

Posté par Bernard POULET le 28 août 2010

Le bâtiment de la poste de Saint-Sauveur est l’ancien presbytère dont la commune reprit possession à l’occasion de la séparation de l’église et de l’Etat en 1905.

A cette époque une grille en bordure de rue entoure une petite cour devant l’entrée. Sur le trottoir trône une borne Michelin qui indique les directions de Compiègne et de Béthisy-Saint-Pierre.

laposte.jpg

En entrant dans le bureau de poste (par la même porte qu’aujourd’hui) on est d’abord frappé par l’odeur fétide qui règne dans la pièce. Vieux papiers et manque d’aération en sont responsables. Les petites ouvertures, les barreaux aux fenêtres , la couleur sombre du bois en ajoutent encore à cette ambiance un peu glauque.

Sur le côté gauche et jusqu’à la fenêtre du fond, un comptoir avec soubassement en bois et partie haute grillagée jusqu’au plafond. Le bois a la couleur du bois ciré, mais seulement la couleur.

la tablette du comptoir est poisseuse et un peu collante à cause du nombre de bras et de mains qui sont venus s’y appuyer. Un petit guichet en demi-cercle est aménagé dans le grillage derrière lequel nous accueille la postière.

A droite un petit passage donne sur deux cabines téléphoniques, elles aussi en bois « ciré ». Ce sont pratiquement les seuls téléphones du village.

Elise, fonctionnaire d’un âge certain et d’humeur incertaine est le passage obligé de tous les services qu’on est en droit d’attendre des PTT (on disait alors Postes Télégraphes Téléphone).

Les sketches que l’on a tous entendus à propos des postières ont dû être inspirés de la nôtre. Sourires et amabilité aux abonnés absents.

Pour téléphoner, les Sansalvatoriens n’ont d’autres choix que celui de venir demander à Elise, en attendant leur tour, le 61 à La-Croix-Saint-Ouen par exemple. Faisant fonction d’opératrice locale, la préposée décroche son gros combiné de bakélite noire et demande  à sa collègue au central de Compiègne : « çà va Joceline ? Passé un bon dimanche ? Tu pourrais me passer le 61 à La-Croix-Saint-Ouen ? » . Puis elle raccroche en attendant la communication.

Il faut ensuite attendre, en retrait pour ne pas gêner les autre clients, que Elise, rappelée par sa collègue compiègnoise, lance à la cantonade: « le 61 à La-Croix-Saint-Ouen en cabine 1 « . Le compteur est en marche, il faut se précipiter dans ladite cabine pour parler à son correspondant.

Après avoir raccroché et être sorti de la cabine, Elise annonce : »çà sera quatre francs vingt s’il vous plait ».

Le téléphone est une des principales activités du bureau de poste mais, comme aujourd’hui la vente de timbres, la distribution de colis et de courrier, ou encore la gestion des célèbres livrets d’épargne représentent une grosse activité.

La buraliste est aidée en cela par Gracienne qui la seconde dans les taches administratives et de la factrice (Madame Marin) qui distribue le courrier à Saint-Sauveur. Cette dernière parcourt le village tous les jours avec son vélo lourdement chargé de lettres de tous genres et de colis. Deux caisses de bois sont arrimées à cet effet à l’avant et à l’arrière de sa bicyclette.

La factrice est également porteuse de sommes d’argent importantes car elle délivre les montants des pensions et des mandats à domicile. Elle vend aussi des timbres pour rendre service à des personnes ne pouvant se déplacer.

 

Publié dans Commerces, artisanat, industries, Vie administrative et sociale | Pas de Commentaire »

l’Histoire d’Euro-Stick

Posté par Bernard POULET le 14 décembre 2009

Saint Sauveur, village forestier, a toujours construit son activité autour du bois. 

Parmi les rares sites industriels qui subsistent dans le village, la société Euro-Sticks est sans doute la plus grosse et une des plus anciennes.

eurosticksusine.jpg

Ce site a une histoire que je vais essayer de retracer ici :

Dans les années 1920 deux entrepreneurs décident d’unir leurs compétences et leurs moyens pour créer une usine de fabrication de cambrions pour chaussures. Monsieur Khan, propriétaire d’un atelier qui fabrique à Verberie des ébauches de formes pour chaussures, et monsieur Dumont mécanicien. Le premier apporte 80% du capital et son expérience, le second 20% et son savoir-faire de technicien.

Le marché est alors porteur et la production est expédiée vers toute l’Europe.

La guerre arrive et oblige Monsieur Khan à fuir dans la clandestinité pendant deux ans. Son usine de Verberie est confisquée par les Allemands mais l’usine de Saint Sauveur, qui ne lui appartient pas complètement, est laissée à la direction de son associé monsieur Dumont.

Le bois, contingenté, se fait rare et l’approvisionnement est difficile. L’usine de monsieur Khan à Verberie, ayant été réquisitionnée par l’occupant, ne souffre pas quant à elle de cette restriction .

Vers la fin des années 1960 Monsieur Catimel qui a repris la société entreprend la reconversion de la production qui est progressivement réorientée vers les bâtonnets pour glaces car les Espagnols développent l’esquimau. Ensuite Gervais exploitera un brevet venant des USA. Egalement il y est développé  la fabrication des « abaisse-langue » utilisés en  médecine.

Les bois utilisés sont le peuplier, le tilleul, le bouleau et même le hêtre. Cette dernière essence fait l’objet d’un approvisionnement relativement lointain (300 km) car les hêtres de la forêt de Compiègne ne conviennent pas pour ces fabrications.

L’effectif est de l’ordre de 50 personnes. Les équipements deviennent de plus en plus performants et utilisent les nouvelles technologies (commandes numériques). Les bâtonnets d’esquimaux nécessitent une très grande précision car les machines des glaciers les « avalent » au rythme de 40000 / heure ! Les instruments de contrôle doivent suivre cette cadence en utilisant des procédés sophistiqués de reconnaissance de forme par vision artificielle.

Le bois devient cher et rare, aussi la décision est-elle prise de construire une ligne de production de bâtonnets en plastique. Hélas en 1973 la crise du pétrole survient et en renchérissant cette matière première amène l’arrêt de cette fabrication.

Les pays de l’Est sont des gros fabricants et consommateurs de crème glacée. La société s’implante en Roumanie et en République tchèque par le rachat de deux usines qui produiront localement les bâtonnets pour toute l’Europe principalement.

En 1999 la société est reprise par Euro-Sticks dirigée par Frédéric Debacker.

Aujourd’hui il n’existe plus que deux grands fabricants industriels de glaces en Europe pour 50% de la production et une dizaine de fabricants pour les grandes surfaces. Les Chinois achètent massivement leur bois sur le marché mondial et font monter les prix de cette matière première.

Aujourd’hui, prise dans un étau économique, l’entreprise est contrainte de produire près de 60% de son chiffre d’affaires dans ses usines de Roumanie et de Tchéquie en comptant tout de même 42 personnes dans son siège sansalvatorien.

Un chiffre d’affaires de douze millions d’Euros et une assise solide nous font espérer que ce groupe industriel restera encore longtemps un fleuron économique du village.

batonnetseurosticks.jpgbatonseurostick.jpg

Remerciements :

·         à Monsieur Catimel qui a bien voulu me confier les éléments indispensables à la rédaction de ce texte.

·         à Monsieur Debacker qui m’a donné les précisions concernant la dernière décennie de la vie de l’entreprise.

Publié dans Commerces, artisanat, industries, Forêt, industries du bois | Pas de Commentaire »

Les métiers du bois à Saint-Sauveur

Posté par Bernard POULET le 21 octobre 2009

Un village forestier voit son activité centrée tout naturellement sur le bois. les racines de notre village sont celles des arbres qui l’entourent.

Depuis des siècles nos prédécesseurs ont cherché à vivre de la forêt en profitant du privilège de sa proximité.

Le bois est un matériau lourd et encombrant qu’il vaut mieux avoir sous la main que de perdre du temps à le transporter. D’autant plus qu’il y a trois cents ans ce genre de déplacement se faisait à la vitesse d’un cheval…

L’activité de Saint-Sauveur s’est donc organisée autour du bois sous toutes ses formes, de la forêt jusqu’aux produits manufacturés finaux.

  • Toute plante commence par une graine. Les arbres naissent en pépinière. Il en existait plusieurs en forêt de Compiègne. Celle du Hourvari employait plusieurs personnes de Saint-Sauveur. Les pépinièristes avaient en charge l’exploitation et l’entretien de ces espaces du semis jusqu’à la transplantation en zone de reboisement.
  • Les gardes forestiers étaient comme aujourd’hui chargés par les Eaux et Forêts de la surveillance de la forêt domaniale sous tous les aspects. (état des plantations, contrôle de la faune et du braconnage, marquage et adjudication des lots et parcelles aux industriels du bois.
  • Les patrons de scieries devaient souscrire aux adjudications de bois sur pied et leur métier d’industriels du bois consistait à approvisionner leur usine de la matière indispensable à leur activité.
  • On voyait partir tous les matins sur leur vélo les bûcherons avec leurs outils: cognées, passe-partout, coins et scies en tout genre. Ils passaient la journée dans la parcelle que leur avait allouée le garde-forestier, souvent assez loin de leur maison. Il abattaient les arbres martelés par les gardes en veillant à ne pas endommager les arbres voisins lors de la chute, puis les débarrassaient de leurs branchages.
  • Les débardeurs entraient alors en action. Les brioleurs rapprochaient les arbres gisant dans le sous bois des endroits accessibles aux grumiers. Ils utilisaient pour cela des haquets qui, tirés par des chevaux, faisaient glisser les fûts vers les chemins carrossables.
  • Les grumiers prenaient en charge les longs troncs en les hissant sur des remorques conçues à cet effet. L’acheminement vers les scieries adjudicataires se faisait ensuite grâce à des chevaux de trait.
  • Les troncs livrés aux scieries allaient subir des transformations qui dépendaient de la destination finale qu’on leur attribuait. Les exploitants étaient eux-même spécialisés selon la forme de leur produit: les uns faisaient des planches et des poutres, les autres du déroulage. On trouvait donc tantôt des scieurs de long qui faisait des planches, et des dérouleurs qui faisaient des panneaux de plaquage destinés à l’habillage de meubles et autres objets.
  • Certains établissements cumulaient et associaient l’activité de scierie avec une autre fabrication en aval. Un fabricant de bois de brosses et une usine de tournage sur bois avaient leur propre scierie. Une fabrique d’allumettes et un  fabricant de bâtons d’esquimaux faisaient également eux-même leur déroulage. Les troncs étaient roulés vers les machines par des tourne-billes.
  • Dans le cas général les scieries livraient des produits bruts (planches et autres formes) à des usines plus petites et spécialisées dans des productions spécifiques.
  • On pouvait voir dans le village des petits ateliers tels un fabricant de jouets, une fabrique de dents de râteaux, un ébéniste en postes de radio, des borduriers qui fabriquaient des cadres de miroirs.
  • On avait dans le village deux menuisiers traditionnels qui s’occupaient de l’agencement des maisons (portes, fenêtres, escaliers et autres boiseries). L’un d’entre eux étendait même son activité à la fabrication de cercueils.
  • On ne peut parler de la maison sans évoquer nos charpentiers dont deux se sont distingués en construisant des refuges de haute montagne ! (voir article spécifique)
  • Venaient ensuite une multitudes de petites échoppes façonnant des objets à la limite de l’art. Des brossiers plaqueurs ornementaient des brosses de luxe. Des ébénistes décoraient des meubles avec de la marquetterie et des sculpteurs agrémentaient les meubles avec dextérité.
  • Beaucoup de ces entreprises employaient des vernisseurs car la finition des objets en bois passe par cette opération qui nécessite un tour de main bien particulier.
  • Le tour d’horizon serait incomplet si on omettait de parler des tonneliers qui ont exercé leur art à Saint-Sauveur jusqu’au 19ème siècle.
  • J’ignore s’il y avait des charrons et des sabotiers mais c’est fort probable.
  • Et n’oublions pas les usages du bois à des fins de chauffage: Saint-Sauveur chauffait ses maisons avec du bois que chacun se procurait à sa façon…

Durant deux ou trois siècles les rues de notre village ont été baignées par les odeurs du bois coupé et ont été animées par des attelages venant de la forêt. On n’entend plus aujourd’hui les grincements des scies et les bruits des troncs qui roulent lourdement au sol.

Les métiers ont changé, mais Saint-Sauveur est toujours un village forestier.

Publié dans Commerces, artisanat, industries, Forêt, industries du bois | 1 Commentaire »

Les métiers de nos ancêtres

Posté par Bernard POULET le 7 octobre 2009

En examinant mon arbre généalogique, encore très incomplet, j’ai pu constater que la variété de métiers est très faible en regard du millier d’individus que j’ai pu enregistrer.

Il m’a semblé intéressant de résumer ici les activités de nos ancêtres en notre région entre 1500 et 1700.

J’ai parmi mes aïeux des vignerons, des marchands de vin mais aucun de ces métiers n’étaient établis à Saint-Sauveur. On cite cependant en 1350 une vigne sur le mont Clair-Avanne.

La plupart de mes racines sont pourtant dans ce village mais les nombreux ascendants mentionnés dans ma généalogie ont eu pour activités celles liées au bois: bûcherons, bocquillons, charpentiers, menuisiers, brossiers, plaqueurs, borduriers…Les seuls qui avaient un rapport avec le vin étaient tonneliers. La matière nécessaire était à portée de main…

Est-ce parce que Saint-Sauveur est dépourvu de coteaux bien orientés ? Est-ce son enclavement dans la forêt qui a donné priorité au travail du bois ?

On cite aux seizième et dix-septième siècles de nombreuses vignes sur les collines de Jaux, Venette, Béthisy, Gilocourt, mais aucune à Saint-Sauveur.

Cependant le vin produit ne devait pas être d’une qualité suffisante pour lui permettre de résister aux exigences grandissantes des palais (dans les deux sens du terme).

Le vin n’était élaboré localement que dans un souci de relative autarcie car à cette époque il n’était pas d’usage de s’approvisionner ailleurs que dans les environs immédiats.

Dès que les transports sont devenus plus rapides et que les gens de la région ont pu goûter aux breuvages provenant des autres régions de France, on peut supposer que les vignes ont été remplacées par d’autres cultures plus rentables et plus adaptées à notre climat. Le phylloxéra a fait le reste à la fin du 19ème siècle.

Nos aïeux qui ne travaillaient ni la vigne ni le bois étaient pour la plupart meuniers, chanvriers, filassiers. Ces métiers se pratiquaient tout au long de la rivière l’Automne et dans les étangs avoisinants (étangs de Saint-Pierre notamment). Le rouissage, en principe, ne pouvait se faire qu’en eaux stagnantes. L’odeur qui en émanait n’était pas appréciée du voisinage.

La filasse et le chanvre de la vallée de l’Automne, réputés de bonne qualité, étaient envoyés dans des corderies à Compiègne (rue des Cordeliers ?)

L’agriculture et l’élevage avaient leur place également car on compte nombre de laboureurs, fermiers, bergers, charretiers, maréchaux-ferrants, gardes-chasse, et autres manouvriers.

Des professions plus rares avaient leur place également: cabaretiers, cordonniers, tisserands et même tailleurs d’habits.

Les activités de construction avaient leurs spécialistes: serruriers, couvreurs en tuiles (car les couvertures en chaume commençaient à être jugées dangereuses). Nous avions à Saint Sauveur une tuilerie au début du 17ème siècle; était-elle située Chemin des Tuileries ?

Nous ne serions pas exhaustifs si on oubliait les « fonctionnaires » de l’époque: la proximité de la résidence royale de Béthisy nous donnait des : sergent royal, chancelier, garde des chasses du roy, chirurgien du Roy, notaire, procureur du Roy, praticien juge, garde des sceaux, greffier, lieutenant de justice, tabellion, marguillier.

J’ai même parmi mes ancêtres le fameux historien jurisconsulte Nicolas Bergeron qui fait référence encore de nos jours; né en 1530 et décédé en1595 à Béthisy.

Petite nuance et précision qui a son intérêt: quelques métiers étaient parfois précédés du mot « marchand ». Cette distinction donnait le droit de faire commerce des produits de sa profession. C’était considéré comme avoir une situation sociale plus élevée qui permettait de se voir donner du « Sieur » au lieu de « ci-devant ».

 

Publié dans Agriculture élevage, Commerces, artisanat, industries | Pas de Commentaire »

Constructeurs de refuges alpins à Saint Sauveur

Posté par Bernard POULET le 8 juillet 2009

Qui l’eut cru ?

Quatre refuges de haute montagne furent construits dans notre village !

Dans les années 30, mes arrières-grands-oncles les frères Cailliot, Julien et Anatole, charpentiers de leur métier, ont fabriqué:

  • le refuge Albert 1er dans le massif du Mont Blanc (2706 m )
  • le refuge d’Argentière (2771 m)
  • l’agrandissement du refuge de Leschaux (2431 m)
  • une annexe au refuge Vallot (4362 m)avec une structure en duralumin faite par les établissements Perrin à Orrouy :

refugevallot.jpg

Celui d’Argentière a même été assemblé dans la cour de leur atelier avant d’être démonté puis ré-assemblé sur place dans les Alpes. Il a été détruit par un incendie au siècle dernier puis reconstruit sous sa forme actuelle.

Le document ci-dessous a été conçu et rédigé par Daniel Carbonnier.

refugesalpins.jpg

Ci-dessous une photo du refuge d’Argentière à la même époque:

refugedargentire.jpeg

On peut se demander pourquoi des constructeurs isariens ont été choisis pour construire des refuges alpins. Une simple hypothèse: le matériau de construction (le chêne) et la compétence due aux pratiques forestières locales.

Publié dans Commerces, artisanat, industries, Forêt, industries du bois | 1 Commentaire »

Une verrerie à Saint-Sauveur

Posté par Bernard POULET le 12 juin 2008

Au début du XVème siècle les fenêtres des maisons ne sont pas encore équipées de vitres.

Vers 1425 Les Cacqueray (ou Coqueret) mettent au point la fabrication du verre plat qui va bientôt garnir toutes les issues des maisons.

Raynaud Cacqueray exploite dès 1441 un four à la Fortelle (lieu devenu Four-d’en-Haut) près de Saint-Jean-aux-bois, et son petit fils Oudin Cacqueray aurait fabriqué du verre dans son atelier de Saint-Sauveur au lieudit La Blanche Tache. Philippe de Cacqueray sieur de Saint-Immes aurait quant à lui perfectionné, sinon inventé, la technique du verre plat.

Ils disposent tous deux d’une lettre de privilège du roi Charles VII. En effet la fabrication du verre exige de grandes quantités de bois qui doivent être prélevées sur le domaine royal de la forêt.

On peut dire que notre village fut à l’origine d’une invention qui a révolutionné la construction.

La famille Cacqueray se serait ensuite installée (retirée ?) dans un hameau du village de Saintines que je n’arrive pas à situer aujourd’hui et qui portait le nom de « les Cocquerel ». 

Publié dans Commerces, artisanat, industries, Histoire locale | 1 Commentaire »

Les commerçants et artisans

Posté par Bernard POULET le 10 novembre 2007

Saint Sauveur comptait il y a quelques années de nombreux commerces:

  • 1 café-cinéma (Devaux)
  • 1 café-épicerie-charbon-poisson (Luc)
  • 2 cafés-épiceries (Dubout, Dumont)
  • 2 cafés (Dulac > Lunardi, Bénard)
  • 1 café-épicerie (Neudorff) > devenu épicerie (Les Economiques Duteil)
  • 3 épiceries (Leguay, Goulet-Turpin Dugrosprez )
  • 1 recette buraliste (Madame Vibert)
  • 2 boulangeries (Henocq > Catrain, Havard)
  • 2 merceries (Caudron, Malessan)
  • 1 agent d’assurances (Boitel)
  • 1 coiffeur (Malessan > Soucany)
  • 1 quincaillerie-bazard-pompes à essence (Dumez)
  • 1 boucherie-charcuterie (Bombard > Guede > Martinez)
  • 1 poissonnier (Bénard > Boucher)
  • 2 garagistes (Bienvenu, Neudorff)
  • 1 matelassier (Bouchenez)
  • 1 récupérateur (Dumont)
  • 1 fleuriste (Bénard MC)

Une quinzaine de commerces ont disparu ou changé de propriétaires mais quelques nouvelles enseignes sont arrivées:

  • 1 pharmacie (CAM)
  • 1 société de gardiennage (PGS)
  • 1 magasin de bricolage (Bâti-Services)
  • 1 cave à vins

Les petites entreprises et artisans étaient eux aussi déjà bien présents: en dehors des métiers du bois et du transport cités en d’autres chapitres

  • 5 maçons (Rabbé, Regnault, Page, Poulet, Pot)
  • 2 couvreurs (Legrand, Havy)
  • 1 tailleur de pierres (Hérin)
  • 3 peintres (Regnault, Cailleux, Pot)
  • 1 paysagiste (Biais)
  • 1 taxi (Lesueur)
  • 1 transporteur (Vibert)
  • 1 ferronnerie (Guillemette)
  • 2 ateliers de mécanique (Dumont, Ponssard)
  • 1 fabrique de cassis (Choron)
  • 1 métallerie (SIAM)
  • 2 imprimeurs (Meslet, Romain)
  • 1 fabrique de couvre-pieds (Triquard)
  • 1 atelier d’articles en bois de cerf (Capelle)

Là aussi près de 90% de disparitions n’ont été que partiellement remplacées par quelques nouvelles  entreprises:

  • 1 couvreur (Abot)
  • 2 maçons (Duchoiselle, Pereira)
  • 1 fabrique de bonbons (Mélodie sucrée)
  • 1 peintre (Duchoiselle)
  • 1 coiffeur
  • ..

Publié dans Commerces, artisanat, industries | 2 Commentaires »

 

targuist |
Gabon, Environnement, Touri... |
Site des Jeunes Tassilunois |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Droit Administratif des Bie...
| L'info back.
| ouvrir les yeux