Maçon pendant l’occupation

Posté par Bernard POULET le 16 mai 2009

Mon père avait perdu une jambe par suite d’un accident de la route juste avant la guerre.

Néanmoins lors de la mobilisation générale il reçut une convocation car il était en âge de partir sous les drapeaux. Ne s’étant pas présenté, les gendarmes vinrent le chercher à la maison.

Il leur demanda de patienter dans la cuisine pour se préparer à les suivre. Quand il revint vers eux il avait retiré sa prothèse et s’était muni de ses vieilles béquilles de bois. Voyant cela, les gendarmes, gênés, repartirent sans lui et il put rester chez lui…

Il lui fallait maintenant subvenir à ses besoins en travaillant malgré son handicap.

Son métier de maçon nécessitait des déplacements et il n’avait pas de voiture. De toutes façons l’essence était introuvable.

Son vélo dut alors subir quelques transformations. Il n’avait besoin que d’une seule pédale. Celle de droite fut donc démontée et remplacée par un astucieux système de rappel actionné par un morceau de chambre à air faisant office de ressort. La pédale de gauche remontait donc automatiquement quand elle arrivait en fin de course.

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Pour transporter les outils et les matériaux il suffisait d’accrocher derrière le vélo une petite remorque. C’est ce qui fut fait.

Les outils, mon père les avait. Les matériaux (ciment et sable) quant à eux manquaient en cette période troublée. Le sable pouvait être extrait de quelques endroits, au bord de la rivière pour la grève, et en forêt pour le sable fin.

Mais le ciment… Des quantités importantes furent signalées à mon père en gare de Verberie, dans des trains allemands attendant sur les voies de garage.

Qu’à cela ne tienne, on irait chercher le ciment où il était ! Et mon père, avec son vélo et son unique jambe, alla se ravitailler plusieurs nuits de suite dans ce stock sans se soucier trop du danger qu’il y avait à prélever ainsi ces sacs destinés aux Allemands.

Restaient maintenant à trouver des clients et des chantiers. Peu de gens songeaient à engager des travaux, même modestes, pendant cette triste époque. Parmi les seules tâches qui lui furent confiées, la réparation des ponts de ruisseaux sur les chemins forestiers fut le chantier le plus durable.

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Le vieux vélo mono-pédale et sa remorque chargée de sable, de ciment et des outils parcoururent donc pendant des semaines de nombreux kilomètres en forêt de Compiègne pour aller remettre en état ces petits ouvrages (qui en auraient bien besoin maintenant).

Je remercie au passage Patrick Fruchard qui m’a permis de récupérer ce vieux vélo chargé d’histoire.

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S’approvisionner en 1942

Posté par Bernard POULET le 15 mai 2009

Se procurer des denrées alimentaires pendant l’occupation n’était pas une mince affaire.

Mes parents n’échappaient pas à la règle et ils étaient à l’affut de toutes les occasions pour trouver des victuailles.

Ils apprirent un jour qu’on pouvait acheter de la farine et des haricots à Néry.

Parcourir 15 kilomètres à pied pour quelques kilos de farine et de haricots peut paraitre aujourd’hui un peu fou mais il faut se mettre dans le contexte de privation de l’époque.

Impossible de confier mon frère âgé quelques mois, à quelqu’un. Pas de vélo (il avait disparu pendant l’exode) ; encore moins de voiture. Ma mère plaça le bébé dans un landau et se mit en route.

Il fallait éviter certaines rencontres qui auraient pu poser problème, surtout au retour, car ce genre d’approvisionnement pouvait être interprété comme du marché noir.

le trajet aller se passa sans encombre. La farine et les haricots étaient bien disponibles au lieu indiqué mais en quantité plus faible qu’espérée.

La précieuse poudre blanche et les haricots furent disposés dans le petit matelas et il était impossible de suspecter que sous le bébé, dans son landau, il pouvait y avoir du ravitaillement.

le retour se fit dans un mélange de hâte et de nervosité. On comprend bien l’anxiété qui naissait lors de chaque rencontre.

Dès l’arrivée à la maison le bébé fut retiré du landau. Mon grand frère n’avait pas pu attendre et ses couches n’avaient pas absorbé tout l’objet de son soulagement: le petit matelas était trempé ! La farine dut être jetée.

Restaient les haricots. On se mit en devoir le soir même de les écosser. Les charançons avaient pris les devants et avaient goûté chaque graine en les perforant de petites galeries…

Cette anecdote est probablement très ressemblante avec ce qui est arrivé à bien d’autres personnes ayant vécu ces difficiles années.

 

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Les gardes forestiers

Posté par Bernard POULET le 24 juillet 2008

Le poste forestier de Saint Sauveur a abrité un grand nombre de gardes qui ont été requalifiés dans les années 50 « ingénieurs des eaux et forêts ».

Se sont succédés dans ce poste, avec leur famille, Messieurs :

  • 1881             Auguste Ledru
  • 1888              Ancelin
  • 1890            Dussourd
  • 1890          Collas
  • 1936 à 1944 Pierre Lacaille
  • 1944 à 1950            Bastide
  • 1950 à 1956 Paul Ponnelle
  • 1956 à 1962  André Empinet
  • 1962 à 1970 Jean Dibetta
  • 1970 à 1971       Lascar
  • 1971 à 1973     Jean-Claude Lannier
  • 1973 à 1989    Jean-Jacques Luquet
  • 1989 à 1999         Auproux
  • 2001 à …           Stéphane Brault

Merci d’avance à ceux qui pourraient aider à compléter cette liste chronologique… L’ administration des Eaux et Forêts s’en étant déclarée incapable quant à elle !

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Poste forestier du Hourvari:

  • 1887 Monsieur Varé
  • 1888 Monsieur Collas
  • 1888 Monsieur Demarque  (brigadier)
  • 1936 Monsieur Roland (Brigadier)
  • Après le passage de Monsieur Débouis, qui a donné son nom au carrefour,  ce poste a été occupé au début des années cinquante par un petit monsieur dont j’ai oublié le nom (peut être Monsieur Boulanger ?);  mais je me rappelle de son élevage de moutons et de chèvres qui était abrité dans un petit bâtiment de bois situé entre la route de La Croix Saint Ouen et celle de Saint Sauveur.

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  • Ensuite est arrivée la famille Salomon dont les enfants fréquentaient l’école de Saint Sauveur et y venaient à pied ou à bicyclette !

Après le départ de Monsieur Salomon le poste forestier fut apparemment cédé par l’administration des Eaux et Forêts à des propriétaires privés.

 

Merci à Emmanuel Danne qui m’a fourni quelques précisions qui me manquaient sur les occupants du poste forestier de Saint Sauveur

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Picards ou Valoisiens ?

Posté par Bernard POULET le 30 juin 2008

Les actuelles régions administratives ont été créées par regroupements géographiques des départements qui étaient nés lors de la révolution. Elles en ont adopté les limites territoriales.

Notre département de l’Oise est en fait composé de parcelles des anciennes provinces de Normandie, Picardie, Île de France et même Champagne.

On peut dire que, grossièrement, l’ouest du département est normand, le nord-est picard, le sud-est francilien avec une petite pointe de Champagne à l’extrémité sud-est.

Saint-Sauveur est placé au nord-est de l’ancien duché de Valois qui était lui-même une composante de l’Île de France. Notre paysage, l’activité économique, les habitudes de vie, l’architecture, l’histoire et le climat n’ont rien de commun avec ceux des autres parties de l’Oise.

les limites, que l’on peut qualifier de naturelles, en sont les vallées de l’Oise à l’ouest, et de l’Aisne au nord.

Nicolas Bergeron, jurisconsulte-historien du 16ème siècle, en avait donné ainsi les limites: « Seyne,  Marne, Oyse, Aisne et adjouste dedevant médiocre Ourq ».

 

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Doit-on dire que nous sommes Picards ? Manifestement nous ne sommes pas situés dans l’ancienne province Picardie.

 

Oise régions naturelles
Mon point de vue est que le regroupement en régions administratives des départements par nombres de trois ou quatre, s’il était utile et nécessaire, n’aurait pas dû emprunter les noms d’anciennes provinces qui possédaient (elles) une forte entité et homogénéité économique et culturelle dans des frontières très différentes.

D’autres nouvelles régions ont d’ailleurs très bien su éviter ce conflit d’appellation (les régions Centre, Pays de la Loire, Midi-Pyrénées par exemple).

Qu’en pensez-vous ? Je suis intéressé par tout commentaire à ce sujet, et ceci en dehors de polémiques stériles.

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Une verrerie à Saint-Sauveur

Posté par Bernard POULET le 12 juin 2008

Au début du XVème siècle les fenêtres des maisons ne sont pas encore équipées de vitres.

Vers 1425 Les Cacqueray (ou Coqueret) mettent au point la fabrication du verre plat qui va bientôt garnir toutes les issues des maisons.

Raynaud Cacqueray exploite dès 1441 un four à la Fortelle (lieu devenu Four-d’en-Haut) près de Saint-Jean-aux-bois, et son petit fils Oudin Cacqueray aurait fabriqué du verre dans son atelier de Saint-Sauveur au lieudit La Blanche Tache. Philippe de Cacqueray sieur de Saint-Immes aurait quant à lui perfectionné, sinon inventé, la technique du verre plat.

Ils disposent tous deux d’une lettre de privilège du roi Charles VII. En effet la fabrication du verre exige de grandes quantités de bois qui doivent être prélevées sur le domaine royal de la forêt.

On peut dire que notre village fut à l’origine d’une invention qui a révolutionné la construction.

La famille Cacqueray se serait ensuite installée (retirée ?) dans un hameau du village de Saintines que je n’arrive pas à situer aujourd’hui et qui portait le nom de « les Cocquerel ». 

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La route des chômeurs

Posté par Bernard POULET le 9 juin 2008

J’ai beaucoup entendu parler dans mon enfance d’une « route des chômeurs ». Il s’agirait d’une route forestière qui aurait été aménagée ou rénovée dans les années 30 par des personnes sans travail réquisitionnées à cet effet.

Cependant je ne sais pas de quelle route il s’agit ! Il semblerait que serait la route de La-Croix-Saint-Ouen à Sainte-Périne qui a été élargie en 1935 par les chômeurs compiègnois.

Une autre hypothèse plus vraisemblable désignerait plutôt la route des Eluas : les rapports du garde forestier Pierre Lacaille, en charge du secteur pour l’époque, font mention de nombreux « ouvriers chômeurs » employés à la réfection de la route des Eluas et au faucardage de l’étang de Sainte-Périne. Certains noms cités dans ces carnets journaliers rappellent des personnes du village.

  • Louis Cadot
  • Barthélémy Luc
  • Alexis Cadot
  • Gaston Marin
  • Joseph Gressier
  • Saturnin Cailleux
  • François Lesueur
  • René Lamouret
  • Julien Tréni
  • Eugène Laudigeois
  • Antoine Conty
  • Philippe Collas
  • Monsieur Jarlet
  • Monsieur Ricordeau
  • Raymond Cadot
  • Marie Clément
  • Georges Thibaut
  • André Thibaut
  • Lazare Billoré
  • Jean-Baptiste Varin
  • César Labouré
  • Raoul David
  • Léopold Bergeron
  • Monsieur Duchauffour
  • Monsieur Gaunevalle

Peut être y a-t-il quelqu’un parmi les lecteurs de ce blog qui pourrait m’apporter plus de précisions ?

Merci d’avance à ceux qui feraient avancer la mémoire collective en répondant à dette interrogation en laissant un commentaire ci-dessous.

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Le coq du clocher

Posté par Bernard POULET le 15 novembre 2007

Comme beaucoup d’églises, celle de Saint-Sauveur a son clocher surmonté du coq traditionnel.

Un jour de grand vent, je crois que c’était en 1937, le pauvre coq censé en donner la direction ne fit plus face à son antagoniste et sortit de ses gonds. Vaincu par la force d’ Eole, il descendit vingt mètres plus bas.

 

 

 

                                     coqduclocher003.jpg

On s’en émut et il fallut remédier à cet incident. Le curé de l’époque se mit en quête de volontaires pour aller remettre à sa place ce volatile d’acier indiscipliné. Les jeunes gens du village, consultés, bien qu’apparemment intéressés par cette tâche, firent la sourde oreille.

Mes parents s’étaient mariés quelques mois auparavant et pour que la cérémonie ait lieu à l’église, le curé avait exigé que mon père, qui n’était pas baptisé, suive des cours de catéchisme pour prétendre au sacrement du mariage. C’était trop demander à mon père qui trouva auprès du curé de la paroisse de Saint-Jacques à Compiègne quelqu’un de plus conciliant. Mes parents se marièrent donc en dehors de Saint-Sauveur et notre curé en fut très froissé…

Mais revenons à notre coq chu et déchu : La seule personne qui se porta volontaire pour reconduire le symbole du lever du jour sur son piédestal fut… mon père ! Monsieur le curé dut se rendre à l’évidence : s’il voulait que son clocher soit recoiffé de son ornement, il fallait faire contre mauvaise fortune bon coeur. Il accepta que le seul volontaire qui se proposait pour rendre sa parure à son église soit celui à qui il avait refusé le sacrement de mariage.

 

 

                                          coqduclocher.jpg

C’est ainsi que par une belle journée, après avoir échafaudé la façade de l’église avec maints cordages échelles et autres planches, on vit mon père, triomphant sur la pointe du monument, brandir le symbole de Saint Pierre avant de le reposer sur son pivot.

Peut être que parmi les spectateurs de cette scène, quelqu’un a photographié cet évènement. Néanmoins je sais qu’Achille Dumez, installé sur le toit-terrasse de la mairie toute proche, a figé sur la pellicule cet instant mémorable. J’ignore ou se trouve maintenant ce cliché que je n’ai pas revu depuis de nombreuses années. Peut être en avez-vous une idée ?

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