Rationnement des années 40

Posté par Bernard POULET le 20 février 2010

Tout était rare voire introuvable dans ces années difficiles.

les denrées alimentaires bien sûr manquaient mais aussi les matériaux, les objets et ustensiles courants.

les vêtements, le charbon, la viande, le lait, tout faisait l’objet de cartes et de tickets de rationnements nominatifs attribués selon l’âge des personnes.

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Mon père, en tant qu’invalide, avait droit à des bons de pneus pour son vélo. Il conservait précieusement les tickets qui devaient lui donner une certaine priorité pour le jour où ces raretés viendraient à apparaître chez les commerçants du village.

En attendant il se contentait d’enfiler des bouchons de bouteilles sur un fil de fer dont il entourait ensuite la jante de ses roues de bicyclette. Le liège suppléait au caoutchouc comme la saccharine au sucre…

Cet expédiant peu adapté dura ainsi toute la durée des mesures de rationnement et vers la fin de la guerre mon père s’aperçut inopinément qu’un membre éminent du conseil municipal, jouissant de ses deux jambes, n’avait jamais manqué de pneus pour son vélo !

 

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Le miracle des béquilles

Posté par Bernard POULET le 18 septembre 2009

Le début de la guerre 1939-45 a été marqué par un épisode durement ressenti par les civils: l’exode.

Dès le mois de mai 1940 les populations du nord de la France commencent à traverser notre région en donnant à ses habitants une idée de ce qui les attendait. Le 20 mai le préfet de l’Oise ordonne aux maires de faire évacuer leurs administrés.

Mes parents firent comme tout le monde: ils rassemblèrent quelques effets, rangèrent et dissimulèrent au mieux le reste dans la maison, qu’il était inutile de fermer, et se mirent en quête d’un moyen de quitter Saint-Sauveur.

Mon père, amputé depuis peu de temps, n’était pas encore appareillé correctement. Il avait besoin de béquilles et ne pouvait pas porter de valise. Ma mère était enceinte de mon frère Jacques.

Monsieur Vibert, le transporteur, leur proposa une place dans son camion qui prenait la route. C’était un camion gazogène qu’il fallait recharger en charbon de bois fréquemment mais qui était peu dépendant du carburant qui commençait à manquer.

Ce moyen de transport les amena jusqu’au sud de Paris où une grande quantité de réfugiés affluaient déjà. Une grande gare (Juvisy je crois) était consacrée à l’évacuation des populations en exode. Mes parents y arrivèrent et retrouvèrent à cette occasion mon oncle Jean et ma grand-mère qui devaient continuer leur route vers le sud avec eux.

Mon oncle Jean qui n’avait à l’époque que 7 ans était trop petit pour porter de lourds bagages. Il fut donc investi de la responsabilité de porter les béquilles de mon père.

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Toute cette foule fut dirigée vers un train qui partait vers le sud et mes parents suivirent avec leurs paquets, et Jean avec les béquilles. Ils s’installèrent tant bien que mal et le train roula pendant de longues heures. Le convoi s’arrêta dans une grande gare de triage où l’on fit descendre tous les passagers du train en attendant une correspondance.

Le petit groupe se retrouva dans des locaux improvisés en guise de salle d’attente. On rassembla les paquets et les valises. Stupeur ! Le petit Jean avait oublié les béquilles dans le train ! Pleurs, cris, émotion… Il fallait l’admettre: les précieuses béquilles étaient perdues.

Après quelques heures interminables les réfugiés furent priés de se diriger vers un nouveau convoi qui les attendait à l’autre bout de la gare de triage. On traversa tant bien que mal les nombreux rails et aiguillages pour atteindre le train qui les emmènerait vers les Deux-Sèvres (département de destination).

Mes parents, ma grand-mère et mon oncle Jean montèrent dans le wagon qu’on leur assignait et cherchèrent un endroit où ils puissent s’installer correctement.

En entrant dans le compartiment ils poussèrent tous un cri de surprise et de joie: les béquilles étaient là, sous le siège où Jean les avait laissées !

Ils n’ont jamais compris pourquoi on les avait fait quitter un train dans lequel on les avait fait remonter plusieurs heures après sans raison apparente. Peut être mon oncle Jean avait il été entendu par la providence quand il pleurait à chaude larmes sous les remontrances pour n’avoir pas assumé ses responsabilités ?

 

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Maçon pendant l’occupation

Posté par Bernard POULET le 16 mai 2009

Mon père avait perdu une jambe par suite d’un accident de la route juste avant la guerre.

Néanmoins lors de la mobilisation générale il reçut une convocation car il était en âge de partir sous les drapeaux. Ne s’étant pas présenté, les gendarmes vinrent le chercher à la maison.

Il leur demanda de patienter dans la cuisine pour se préparer à les suivre. Quand il revint vers eux il avait retiré sa prothèse et s’était muni de ses vieilles béquilles de bois. Voyant cela, les gendarmes, gênés, repartirent sans lui et il put rester chez lui…

Il lui fallait maintenant subvenir à ses besoins en travaillant malgré son handicap.

Son métier de maçon nécessitait des déplacements et il n’avait pas de voiture. De toutes façons l’essence était introuvable.

Son vélo dut alors subir quelques transformations. Il n’avait besoin que d’une seule pédale. Celle de droite fut donc démontée et remplacée par un astucieux système de rappel actionné par un morceau de chambre à air faisant office de ressort. La pédale de gauche remontait donc automatiquement quand elle arrivait en fin de course.

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Pour transporter les outils et les matériaux il suffisait d’accrocher derrière le vélo une petite remorque. C’est ce qui fut fait.

Les outils, mon père les avait. Les matériaux (ciment et sable) quant à eux manquaient en cette période troublée. Le sable pouvait être extrait de quelques endroits, au bord de la rivière pour la grève, et en forêt pour le sable fin.

Mais le ciment… Des quantités importantes furent signalées à mon père en gare de Verberie, dans des trains allemands attendant sur les voies de garage.

Qu’à cela ne tienne, on irait chercher le ciment où il était ! Et mon père, avec son vélo et son unique jambe, alla se ravitailler plusieurs nuits de suite dans ce stock sans se soucier trop du danger qu’il y avait à prélever ainsi ces sacs destinés aux Allemands.

Restaient maintenant à trouver des clients et des chantiers. Peu de gens songeaient à engager des travaux, même modestes, pendant cette triste époque. Parmi les seules tâches qui lui furent confiées, la réparation des ponts de ruisseaux sur les chemins forestiers fut le chantier le plus durable.

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Le vieux vélo mono-pédale et sa remorque chargée de sable, de ciment et des outils parcoururent donc pendant des semaines de nombreux kilomètres en forêt de Compiègne pour aller remettre en état ces petits ouvrages (qui en auraient bien besoin maintenant).

Je remercie au passage Patrick Fruchard qui m’a permis de récupérer ce vieux vélo chargé d’histoire.

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S’approvisionner en 1942

Posté par Bernard POULET le 15 mai 2009

Se procurer des denrées alimentaires pendant l’occupation n’était pas une mince affaire.

Mes parents n’échappaient pas à la règle et ils étaient à l’affut de toutes les occasions pour trouver des victuailles.

Ils apprirent un jour qu’on pouvait acheter de la farine et des haricots à Néry.

Parcourir 15 kilomètres à pied pour quelques kilos de farine et de haricots peut paraitre aujourd’hui un peu fou mais il faut se mettre dans le contexte de privation de l’époque.

Impossible de confier mon frère âgé quelques mois, à quelqu’un. Pas de vélo (il avait disparu pendant l’exode) ; encore moins de voiture. Ma mère plaça le bébé dans un landau et se mit en route.

Il fallait éviter certaines rencontres qui auraient pu poser problème, surtout au retour, car ce genre d’approvisionnement pouvait être interprété comme du marché noir.

le trajet aller se passa sans encombre. La farine et les haricots étaient bien disponibles au lieu indiqué mais en quantité plus faible qu’espérée.

La précieuse poudre blanche et les haricots furent disposés dans le petit matelas et il était impossible de suspecter que sous le bébé, dans son landau, il pouvait y avoir du ravitaillement.

le retour se fit dans un mélange de hâte et de nervosité. On comprend bien l’anxiété qui naissait lors de chaque rencontre.

Dès l’arrivée à la maison le bébé fut retiré du landau. Mon grand frère n’avait pas pu attendre et ses couches n’avaient pas absorbé tout l’objet de son soulagement: le petit matelas était trempé ! La farine dut être jetée.

Restaient les haricots. On se mit en devoir le soir même de les écosser. Les charançons avaient pris les devants et avaient goûté chaque graine en les perforant de petites galeries…

Cette anecdote est probablement très ressemblante avec ce qui est arrivé à bien d’autres personnes ayant vécu ces difficiles années.

 

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